On vit comme des cons*...
On mange, on dort, on baise, on sort... Encore, encore et encore... Chaque jour est l'inconsciente répétition du précédent: on mange autre chose, on dort mieux ou moins bien, on baise quelqu'un d'autre, on sort ailleurs... Mais c'est pareil, sans but, sans intêret. On continue, on se fixe des objectifs factices: pouvoir, fric, gosses... On se défonce à les réaliser! Soit on ne les réalise jamais et on est frustré pour l'éternité, soit on y parvient et on se rend compte qu'on s'en fout... Enfin, on crève! Et la boucle est bouclée. Quand on se rend compte de tout ça, on a singulièrement envie de boucler la boucle immédiatement, pour ne pas lutter en vain, pour déjouer la fatalité. Mais on a peur... Peur de l'inconnu. Peur du pire. Cependant, qu'on le veuille ou non, on attend toujours quelque chose. Sinon, on presserait sur la détente, on avalerait la plaquette de médocs, on appuierait sur la lame de rasoir jusqu'à ce que le sang gicle... Alors, on tente de se distraire: on fait la fête, on cherche l'amour et on croit le trouver... Mais on retombe... De haut. On tente de jouer avec la vie pour se faire croire qu'on la maîtrise. On roule trop vite, on frôle l'accident. On prend trop de coke, on frôle l'overdose. Cela fait peur aux parents: des gènes de banquiers, de PDG, d'hommes d'affaires, qui dégénèrent à ce point, c'est quand même incroyable! Il y en a qui essaient de faire quelque chose, d'autres qui déclarent forfait. Il y en a qui ne sont jamais là, qui ne disent jamais rien, mais qui signent le chèque à la fin du mois! Et on les déteste parce qu'ils nous donnent tant et si peu... Tant pour qu'on puisse se foutre en l'air et si peu de ce qui compte vraiment. Les limites s'estompent. On est comme un électron libre. On a une carte de crédit à la place du cerveau, un aspirateur à la place du nez, et rien à la place du coeur. On va en boîte plus qu'on ne va en cours, on a plus de maisons qu'on a de vrais amis, et deux cents numéros dans notre répertoire que l'on n'appelle jamais. On est la jeunesse dorée!
Néanmoins, il ne faut pas nous plaindre car il paraît que l'on a tout pour être heureux*...